A l’époque, j’ai fait ce que j’ai pu, seule avec mes enfants, je n’ai pas eu d’autre choix que d’intégrer cette bourbe. Pas de pression, pas d’objectifs à atteindre, pas de harcèlement, une liberté quasi totale. Ma soumussion se résumait juste à une promiscuité quotidienne avec des extraterrestres moyenâgeux, à dix minutes à peine de chez moi pour 34h00 heures hebdomadaires de taf, bien payées.
Je les entends malgré moi, en buvant mon café. Ils semblent toujours oublier que je suis là, que je ne serai jamais comme eux, que l’immigrée catalane ne mange pas de leur pain et ne vomit donc pas les mêmes frustrations existentielles qui leur servent de repas.
Bien qu’à chaque instant mon cerveau m’exhorte à ne pas les écouter, leurs voix criardes et obscènes franchissent sans peine la muraille invisible qui est censée me servir de surdité. Toute cette ineptie mise à table avec une cruauté sans nom, cette conviction vulgaire d’être au dessus de tout, même de la mort. Ils habillent d’excréments les jaunes, les noirs, les gris, les pas très blancs, les pas comme eux avec un rire qui ressemble à une tare congénitale, une maladie héréditaire, une pathologie neurologique sans la moindre chance de guérison. Non, ils ne guériront jamais de leur absurdité de vivre, mais putain, que le café est bon, un allié sucré et fidèle qui ne me laissera jamais, je peux le jurer, autant d’amertume que les palabres crachées par leurs bouches infâmes. Je décide toujours de ne pas entrer dans leurs glorieux échanges, je suis consciente que le dialogue est impossible, que de par sa stérilité certaine, il m’épuiserait tout en m’éclaboussant de leur merde cérébrale. J’opte pour le silence, une sorte de compromis avec moi-même que je traduis parfois dans une honte indicible comme de la complicité envers eux. Et c’est bien là qu’est restée longtemps enfermée ma souffrance, dans ce silence humiliant, ce déshonneur qu’ils semblaient infliger à l’estime que j’avais de moi, des miens, de mon identité, ce semblant de fierté qui vous tient debout, cet amour propre qui vous octroie la liberté suprême d’être soi.
Avec le temps cependant, en faisant de mon bureau un laboratoire d'expérimentation mentale, en étudiant ces étranges créatures décisionnaires , en leur faisant subir de nombreux tests psychologiques très simples à leur insu , j'ai réalisé que je pouvais rester moi-même dans ce milieu hostile. En effet, les résultats de mes expériences ont montré qu'il n'y avait de surprenant chez ces sujets cobayes, que leur prévisibilité face à n'importe quel évènement. "Leur esprit est aussi court que la queue d'un lapin" dirait mon père. Il est donc évident que je ne leur ferai jamais cadeau de mon orgueil, je le garde pour moi, parce que le deal avec moi-même, c'est ça. Jamais je ne braderai mes pensées en les étalant à des ignorants irréversibles. Je préfère m'adapter à leur prévisibilité, avec un certain plaisir pervers, je l'admets. Etre à leurs côtés est un enseignement richissime sur certains aspects de la nature humaine. Mes parents m'ont appris la tolérance, après un long travail d'introspection, j'ai décidé de tolérer la connerie de mes patrons. Je respecte totalement leur stupidité et leur bassesse. Jamais il ne me viendrait à l'esprit d'essayer de les changer, je les prends comme ils sont, comme des connards à part entière.
lundi
samedi
Ce n’est pas tout d’avoir les cheveux gras, il faut savoir entretenir les lipides capillaires. C’est un travail de longue haleine, une science exacte, une expérience unique. Les cheveux gras, c’est tout un art. On les laisse baigner dans le blues d’un vendredi soir après une semaine de labeur et devant le miroir, lorsque la nuit tombe sur la ville, on distingue le sébum impatient sur les racines, prompt à envahir la chevelure. Surtout, il faut le laisser faire, le sébum est un spleen qu’on doit laisser s’exprimer. Alors durant cette fin de semaine où l’on veut épouser la solitude, s’enrubanner d’un vieux pyjama déformé par le temps, caresser la mélancolie en spectre acariâtre, reclus dans un asile où seul Coltrane et Davis seront invités, il ne faut pas se laver. Corps, cheveux et âmes doivent rester dans leur état brut, atteindre la protection sublime d’un bouclier épidermique en friche, laissé à l’état sauvage pour le temps d’un désespoir de survie, quelques heures de phéromones exacerbés, de graisse nourricière sur des cheveux en vrac. Savoir omettre la parure de décence, éluder le parfum, négliger le shampoing et le savon c’est aussi savoir dire qu’on s’en va un peu, quelque part loin de tout, sans vraiment le prononcer.
vendredi
Elle faisait des gâteaux avec ses illusions
Recettes d'espérances sucrées.
Et en dévorant seule ses pâtisseries
Elle grossissait d'amour.
mardi
Il lui faudra changer les verres de ses lunettes. Il ne distingue déjà plus les nuages qu’il loue depuis trop longtemps. Bientôt il aura terminé sa collection d'hivers où il est interdit de transpirer. Son corps s’appuie sur le bitume d’une route qu’il ne traversera jamais. Faudrait qu’il sache voler pour ça, il a perdu ses ailes quand il a égaré les mots qui faisaient le poids. Sa valise est pleine de bulles de savon. La respiration du chien endormi forme son oxygène au milieu d’un salon envahi de fantômes. Ce souffle lent et régulier l’apaise lorsqu’il compte les jours qui s'effacent , les heures éteintes. Sa femme ferme désormais les yeux comme elle scelle les volets de leur chambre à coucher. Il l'avait tant aimée. Cétait probablement une histoire compliquée, une histoire erronée, une erreur spéciale, un incident de périphérie, un jour, il y a trop longtemps.
vendredi
Dans le tiroir il y avait un jeu de cartes espagnoles. Elles étaient comme retenues par cette odeur particulière qu’ont les années passées, l’obscurité de ce minuscule compartiment trop rarement ouvert, prisonnières de ce noyau de famille, de ces saisons enrubannées de deuils et de naissances. J’étais une petite fille et pourtant déjà, je respirais le parfum du temps, je ressentais l’allégorie du casier magique en glissant une main pour en extirper les cartes jaunies et cornées, liées les unes aux autres par un élastique indulgent et extraordinairement résistant. Alors, tout à coup j’avais cent ans et je réalisais que la vie ne durerait pas toujours.
à Julie.
mercredi
Always
Il y a des jours où ne suffit pas ma peine, où chaque évènement tout débile qu’il soit devient une souffrance intolérable. Des jours où je pourrais chialer des heures durant, même devant une pub pour du papier toilette triple épaisseur, même en faisant mon plein de gasoil, les yeux fixant le vide, l’excès de carburant dégoulinant sur mes pompes. Oui, des heures durant, je m’éloigne de tout et surtout de moi-même, perméable aux détails les plus insignifiants, déchirée par une peine de mort à l’autre bout du monde, une expulsion à côté de chez moi. Il n’y a rien à faire pour moi, faut juste attendre que ça passe. Je ressens lors de ces terribles phases des besoins de silence et de solitude, la nécessité absolue qu’on me foute la paix, qu’on ne me pose pas de questions, qu’on ne bouffe pas mon espace vital. Ca fait mal tout ça, ça fait mal au ventre, aux reins, à la tête et au moral. Et puis, j'ai sommeil. Ca me déconcentre, m’excentre, m’éventre. J’ai beau bouffer du chocolat, boire des litres de lait blindés de miel, me concentrer pour être agréable et équilibrée, rien n’y fait, je demeure irritable, capricieuse, névrotique et imbuvable. J’ai perdu le sens de l’humour depuis que j’ai le sens des ovaires. Je perds aussi ma lucidité, ma dignité, mon orgueil, ma patience, mon sang. Certaines femmes se sentent perturbées, blessées, profondément attristées par l’arrivée de la ménopause. Moi, je n’attends que ça. Oui franchement, pour mon bien et celui des autres, il faudrait que mes règles disparaissent. Les menstrues me déglinguent, m’affligent, me tuent. Je hais ces putains d’alliés Tampax et Always. Je déclare donc officiellement la guerre à mes hormones.
dimanche
Personne ne lui avait dit que les montagnes se traversaient pour la guerre, que les chiffons imbriqués les uns aux autres pouvaient former des vêtements de fortune, que la nuit et le froid pouvaient avoir le goût de la liberté. Au cœur de la matrice, l’enfant était au chaud. Les voix récitant des prières, il ne les entendait pas. Il ne percevait que celle de sa mère comme un chant lointain à travers les eaux calmes qui lui servaient de nid. Personne ne pouvait encore lui raconter la misère et la déchirure d’un peuple à l’agonie, impossible de faire comprendre à un fœtus que le monde à l’extérieur était devenu fou, que la mère qui le portait était en danger de vie et de mort. Et c’est bien mieux ainsi. Mais l’hiver est un traître sur le sable d’une plage assaillie d’hères sans patrie. Un camp improvisé qui réfugie les voyageurs de l’exil dans les hurlements timides d’une mer qui veut rester neutre et poétique. L’enfant veut naître, trop tôt, comme s’il lui fallait voir sans attendre l’humiliation de son père résistant, comme s’il lui fallait aussi combattre à ses côtés, comme si son cri de vie était désormais nécessaire à l’espoir commun des ces gens : Vivre.
Angèle met au monde deux mois trop tôt, une nuit de février, sur une plage d’Argeles sur Mer l’enfant qui deviendra un jour mon père. La France sera son pays, sa patrie, son utérus d’homme adulte, ses racines déracinées, replongées dans le sable de la liberté. Mon identité nationale, c’est ça.
(A mon père)
mercredi
mardi
Baptistine ne sait pas que l’automne vient d’arriver. Toutes les feuilles s’envolant dans les airs sont comme autant d’oiseaux qui décollent des branches nues. Baptistine se moque des saisons, elle les porte en elle comme autant de souvenirs évanouis sur l’humus de sa vie. Son regard raconte l’histoire du vide implacable qui s’est installé en elle. Un néant plein de chaos, de fouillis, de désordres qu’elle ne parviendra plus jamais à ranger. Baptistine sourit parfois à ce visage qui lui rappelle un être aimé. Elle balbutie alors quelques incohérences de sa bouche édentée en tendant une main d’écorces où tous ses amours ont été gravés au couteau, empreintes indélébiles de tout ce qu’elle a caressé, de tout ce qu’elle a saisi puis laissé glisser d’entres ses doigts sinueux.
Baptistine chante encore parfois, mais c’est tout mélangé, elle fait de la mélodie et des paroles de nouvelles compositions, elle réinvente les chansons au gré de sa démence et les oiseaux la comprennent.
samedi
Il fait partie de ces gens là, amateur de pommes de terre auvergnates et de bon lard d’Auvergne. Il en garde pour preuve quelques reliquats disgracieux entre ses deux incisives, restes facilement détectables lors de ses sourires épileptiques. Tu sais toujours ce qu’il a bouffé, le doute n’est jamais permis, il l’affiche dans une mauvaise dentition, plein de fierté. Là un morceau de salade, ici un morceau de tête de veau. L’haleine elle, t’en raconte beaucoup plus, elle te parle du menu de la veille, de l’avant-hier, du passé. Mais puisque les produits sont du terroir, il n’y pas de quoi s’offusquer.
« Moi je, moi je, moi je, moi je sais tout, moi je suis le plus fort, le plus intelligent, le plus beau, moi je suis le patron ». Non, toi tu pus de la gueule un point c’est tout. Auvergne, Corrèze ou trou du cul du monde, tu schlingues de la bouche, tu infectes des dents. Chaque matin que dieu fait, en arrivant au travail, je me demande ce que tu as bien pu réaliser dans ta putain de vie de médiocre pour en arriver là. Et chaque matin la réponse est la même, elle surgit avec redondance, obstination. Sans la sueur de ton père, de tes aïeux bien nés , sans la détermination de la roturière lunatique et perverse qui te sert de femme à lécher les vitrines et le cul des notables de la Commune et ses environs, son amour inconditionnel pour le fric, sans la misère sociale de tes salariés, fidèles et travailleurs, sans la conjoncture passée et présente qui te sont favorables, sans tous les biens immobiliers qui te servent d’héritage on ne plus confortable, voire indécent, oui sans tout ça, tu ne serais rien. Ta lâcheté, ta saleté et ton ignorance sont à la hauteur de tes richesses matérielles, en cela on peut dire que l’équilibre est parfait.
Après tout, le savoir vivre, l’intelligence, la culture, l’empathie et l’hygiène te sont sans la moindre utilité. Tu es convaincu de ton immortalité, infatué de ta position sociale qui n’est que le résultat logique et bien mérité d’une bourgeoisie qui t’a mis au monde. T’as pas de diplômes, tu pisses sur la Révolution Française, Mai 68, les prolos, les bougnoules, les écorchés par la vie. Tu regrettes le Moyen Age , tu aurais aimé être un preux chevalier, un conquérant, un noble avec des vassaux, un roi assis sur la misère de son peuple et tu le dis, sans la moindre décence avec cette haleine qui ne peut appartenir qu'à toi.
Mais certains soirs pourtant, tu es capable de frôler ce qu’on appelle la compassion, en trouvant le moyen surprenant de t’émouvoir devant Joséphine Ange Gardien . Une larme d’humanité coule alors sur ta joue masquant pour un instant le nanisme émotionnel dont tu es victime ou coupable.
jeudi
" Il est probable que nous soyons devenus de vrais hommes comme vous", disait un homo erectus invité au journal télévisé de Jean-Pierre Pernaut jeudi dernier.
"Nous maîtrisons et sacrifions la nature désormais, nous célébrons la naissance et la mort. Nous avons inventé leurs rituels pour nous différencier des animaux et pour nous persuader d'atteindre l'éternité. Nous rions et pleurons entre deux coïts. Nous aimons le sang, le fric, la domination et commençons à prendre goût aux hamburgers. Il est donc probable que nous soyons effectivement devenus des hommes à part entière", disait l’homo erectus hirsute, offrant avec un sourire simiesque ses dents mi pourries mi dévitalisées, on ne saurait dire. 
L'animateur sourire aux lèvres, l'air béat et combien populaire a rajouté :" Voilà un nouveau témoignage qui prouve que notre France est un pays merveilleux."
lundi

Ils savent qu’aucun imbécile n’est digne d’une pitoyable révolution qui lui ferait tout perdre. Autour d’une table, entre champagne et petits fours l’orgie des cannibales se déroule comme convenu. On entend leurs rires obscènes aux relents de tout ce qu’ils vomissent sur nous. Une soupe d’absurdité où l’intelligence n’a plus sa place, le peuple minuscule attend écrasé sur la nappe que les dents d’une fourchette viennent lui broyer les tripes. Alors dans la terreur de cette expectative, le voilà qu’il se fait plus petit encore, qu’il se planque derrière, en dessous de lui-même. Oui, les hommes bouffent les hommes ici, ailleurs aussi, mais il y a une différence capitale entre les sauvages et les dandys, ces derniers le font avec élégance et raffinement, ils ont horreur du sang, ils prient, ont des valeurs, une morale indiscutable et surtout ils ne se salissent pas les mains en te bouffant, ils se servent de leurs couverts en argent et d’une serviette brodée pour s’essuyer.
N’ayons pas d’inquiétude, s’ils souffrent de boulimie mégalomane, ils restent néanmoins atteints d’une anorexie qui maintient l’équilibre, ben oui, ils vont pas tout bouffer quand même, bien qu’ils soient simplets, sans le moindre esprit voire illettrés, ils n’en restent pas moins calculateurs et stratégiques.
mercredi
Ses jambes frottaient mes genoux innocemment
Bonjour.
Les vibrations se promenaient
Qu'est ce qu'il est beau
Qu'est ce que t'es bonne
Ta valise est trop pleine de ta vie, tu ne pourras donc rien y enlever. Il faut à présent que tu apprennes à porter.
La fumée auréolait mon démon
Tu veux ma moitié d’orange ?
Les tartines dormaient aussi
Non, je ne suis pas d’accord avec toi, la vanille est bien meilleure que le chocolat.
Bon, je vais fumer une cigarette.
Dès demain j’adopte une nouvelle attitude.
Ma main gauche ne ressemble pas du tout à ma main droite
Je regarde par la fenêtre, la rue est déserte
Je suis d’accord
Oui, mais moi j’aime les figues, je n’y peux rien.
Pas toujours, mais souvent
J’ai écrit une lettre ronde, avec une adresse en cercle et un timbre en forme de planète
Courrez petits doigts, le clavier vous mangera
Tu veux dormir à la maison ce soir ?
Ses pieds ne ressemblent pas du tout à mes mains
J’ai une petite place dans la baignoire.
L’un sur l’autre, il y a des HO ! Et des HA !
Tu ne comprends pas alors ?
Chez toi ou chez moi ?
Oh oui, les tulipes sont mes fleurs préférées.
(Texte écrit à 4 mains avec l'aide de quelques verres de vin. Chaque ligne est écrite sans connaître celle qui la précède, on plie au fure et à mesure la feuille afin de masquer les phrases de l'autre. On déplie la page à la fin...)
dimanche
Il y a quelque chose de précieux dans ces réveils tout contre lui. Une tresse de pieds, une main posée sur mes fesses, deux haleines sans présomption d’innocence se mélangeant l’une à l’autre et venant s’écraser sur nos visages boursouflés de sommeil. Je me demande à chaque fois laquelle des deux est la plus fétide, ça doit être la sienne, les filles ça sent toujours bon. Je me tourne vers la droite, l’air y est indéniablement plus respirable. Mes paupières sont lourdes, mon corps est encore impliqué dans le sommeil paradoxal, l’éveil semble inatteignable bien que je sois à l’affut de chaque particule qui m’entoure, chaque détail qui m’extirpe malgré moi, de la profondeur du repos de la nuit. Cela ressemble à un état de lévitation, genre tapis volant immobile, un engin qui ne se déciderait pas entre le matelas et le plafond. Mais je sens cette chose dure sur mon rein droit, cette excroissance vaniteuse qui canonne timidement mon corps et qui semble l’implorer de bien vouloir y être sensible, de comprendre le message lubrique de l’aube, cet appel de l’ante meridiem. Je souris pourtant agacée, il ne me voit pas. J’ai envie de lui expliquer que les dernières phases du sommeil paradoxal nous affublent de symptômes physiologiques très surprenants et que le durcissement, la raideur de nos muscles en font partie. Je me retiens de lui expliquer que si son appendice est mécaniquement au point, il n’en est pas moins érigé par les effets du dit sommeil « ambigu » et que si « je ne suis pas du matin », c’est inévitablement à cause du même processus, je suis raide, tendue, et dure moi aussi. L’incompatibilité de nos désirs se résume à nos rigidités respectives.
mercredi
Maman uovo avait dit :
- Arthur, c’est l’heure de dîner, va te laver les mains, arrête de jouer.
Arthur (quatre ans) avait dit :
- J’ai pas faim, je veux jouer encore.
- Tu joueras après le dîner
- Veux jouer encore moi.
- Arthur, tu exagères, je te le répète, arrête tout de suite, va te laver les mains. Il faut arrêter ton jeu, il n’y a pas que le jeu dans la vie. Il y a le travail, la douche, l’école, les repas aussi. C’est vrai quoi, dans la vie il n’y a pas que le jeu.
- Accoeur maman, mais quand la vie elle sera finie, je pourrai jouer ?
lundi
Qu’êtes-vous réellement censés faire lorsque vous me lisez hein ? Où êtes-vous, au travail ? A la maison ? Dans un bureau ?
Allez, avouez, un moment de vide, un petit creux dans le timing, ou de l’ennui à ne plus savoir qu’en faire, une petite transgression professionnelle ?
LE BLOG, drogue dure ou douce, reste un produit d’addiction. Je le consomme en général depuis mon lieu de travail, quand le patron n’est pas dans mes pattes.
Je blogue entre Word, Excel, EBP, les stocks, les contrats fallacieux, entre deux sonneries de téléphone et un sourire angélique à la femme de mon chef, quand elle daigne remplir le temps de travail pour lequel elle s’octroie une paie de ministre pratiquant l’absentéisme engagé sans la moindre vergogne.
Je blogue pour passer le temps, le voler aussi dans une jouissance absolue, au système qui fait de moi une esclave des temps modernes. Remplir mon frigo en trimant, je veux bien, mais pas sans entuber ceux qui me condamnent à l’effectuer et qui ne connaissent que la sueur engendrée par un sauna en thalasso. Ils pensent sans doute, le système pense indubitablement que je leur dois mon petit confort social. Je travaille grâce à eux bordel, c’est un cadeau qu’ils me font, je me dois d’en prendre conscience à chaque fois que je signe un TIP de France Telecom ou d’EDF.
Et bien quand je me nourris de mon blog et des vôtres, j’ai cette impression fragile que je fuck the Système tout en prenant un immense plaisir qui part dans tous les sens. Oui, parce que mes choix bloguesques partent dans tous les sens, j’aime la diversité, toutes sortes de styles, l’éclectisme de mes liens. Je visite vos mondes en restant dans le mien, ce qui a l’avantage de m’offrir des sorties de secours, de faire rentrer l’oxygène, de goûter à votre came.
Alors, faites tourner !
dimanche
J’ai envie de me coucher sur un lit d’écorces d’oranges,
Des graines d’anis, du jambon de Madrange…
Envie de tout foutre en l’air,
De changer ma cuisine de plouc pour une Lapeyre
Envie de sentir l’herbe sur ma peau
De changer ma Hyundai pour une Peugeot
Voir le soleil se coucher à l’horizon
Et regarder Derrick en haute définition
Prendre la vie comme une offrande
Et m'éclater à Disneyland
Me laisser porter par le destin
Me dire que je le vaux bien.
Enrubanner mes rêves de réalité
Et les faire tenir avec Garnier
Je voudrais que la famine n’existe pas
Et sentir bon pendant vingt quatre heures avec Narta
Que mon patron ne joue plus au chef
Et que son sourire ne soit pas le reflet du Medef
J’aimerais être libre sans suivre la mode
Faire ce que je veux avec mon iPod
Bouffer des bulots
Sans penser à Hulot
Manger du hareng
Sans penser à Arthus Bertrand
Boire le moins possible d’eau
Pour faire plaisir Borloo
Je t’aime mon amour, tu es mon soleil
C’est l’heure de mon Actimel.
Quand tu me touches, je m'envole
C'est l'heure de ton Danacol
C’est beau la vie
A vingt heures sur TF1, y a Sarkozy
Tu me colleras au mur, toute nue
Avec quelques gouttes de Super-Glue
Mes seins se gonfleront d’émoi
Avec un peu de levure Alsa
Ou un petit cunillingus
A l’arrière de la Lexus.
Je serais ta déesse
Dans ta Mercedes.
Et ta Mercedes dans ta DS
Après l’amour mon amour
Nous écouterons Eric Zemmour
Et tu fumeras une Camel
Quand il vomira sur Pierre, Paul ou Djamel
Et lorsque la cendre refroidira dans le cendrier
Où en serons-nous de « On n’est pas couchés » ?
Une dernière page de publicité
Avant le Lexomil du coucher.
Puis je m’enfilerai avec délicatesse
Dans chaque oreille une boulle Quies
La nuit aura la douceur d’un agneau
Sur notre matelas Dunlopillo.
La vie est un manège qui tourne sans cesse
Demain à l'aube, je me laverai les fesses
Avec Rogé Cavaillès.
jeudi
Je voulais te dire
J’ai souvent trahi pour ne pas trahir, comme un prêtre recevant une confession ou l’avocat d’un diable. Voilà le pire des péchés, trahir l’un pour ne pas trahir l’autre. Le poids des secrets qui ne nous appartiennent pas finit toujours par nous rendre minuscules lorsqu’ils sont scellés pour couvrir les faux amis ou les traîtres.
« Je te promets, je ne dirai rien », le sacrement originel, l’implication à ce qu’on n’était pas impliqué, l’accueil du secret.
Si l’on ne se trompait jamais de camp, si l’aveu délivré, offert ne faisait pas de nous des complices de diverses exactions, de pitoyables médisances, d’honteux mensonges, le problème que je soulève ici n’existerait pas. Or il existe des confessions dégueulasses, emplies de bassesse, de méchancetés livrées par des démons que l’on croyait être des amis, des patients ou des clients.
Ne pas dénoncer dans ces cas là, c’est trahir l’opprimé que l’on exclut du « secret » et dont il est la victime. Et ça a fait de moi une coupable des centaines de fois. Recevoir la confiance d’une jolie salope en offrant la mienne m’a rendue trop souvent complice de stratagèmes à vomir. Ruses que je dois avouer, n’avoir pas su voir venir à temps, en me laissant porter dans des histoires malsaines sans en prendre conscience.
Je ne parle pas de crimes rassurez-vous, mais plus exactement de petites saloperies féminines qui font toutefois de sacrés dégâts psychologiques en vous laissant un goût de rendu dans la bouche, une couche de crasse sur la conscience et une lourde honte qui vous fait courber l’échine du cœur. Va trouver le savon pour l’âme ou le corset qui redresse le palpitant au supermarché du coin ! A mon âge, j’aurais dû depuis longtemps arrêter de jouer au curé avec les garces, j’aurais dû moi-même en être une plus souvent pour être angélique, balancer pour être correcte. C’est une question de bon sens, de jugement, de jugeotte, et je dois manquer de tout ça ou bien dois-je encore m’y entraîner ou admettre tout simplement que je ne suis pas à la hauteur pour recevoir les confidences coupables des autres.
(A te)
mardi
Je me suis levée tôt ce matin, après ma douche, dans le brouillard chaud de la salle de bain j’ai passé ma main sur le miroir pour le délivrer de la buée qui le recouvrait. Tout à coup, j’ai vu une dingue hirsute, elle semblait tout droit sortie du monde néanderthalien, les cheveux en rogne, le regard hagard, les yeux globuleux et rougis par le shampoing.
C’était décidé, je devais absolument aller chez le coiffeur, d’abords parce que cela faisait des mois que je n’y étais pas allée, que ma chevelure énervée ne ressemblait plus à rien, tant par sa longueur que par sa qualité et sa santé, et puis parce qu’il fallait à tout pris changer de tête. Non, vraiment, je ne ressemblais plus à rien.
La coiffeuse, chez qui je n’avais pas pris rendez-vous, oui, je ne prends jamais de rendez vous chez les coiffeurs, ça me vient comme une envie de faire pipi, ça n’est jamais réfléchi, ni prémédité. Si j’y pense trop à l’avance, il est certain qu’au dernier moment je changerai d’avis.
Je disais donc, qu’arrivée au salon de coiffure une jeune et jolie coiffeuse, pomponnée, décolletée, coiffée comme une déesse, bref, sublime, n’ayons pas peur des mots, m’a accueillie avec un sourire qui semblait signifier : « C’est bon ma vieille, t’inquiète, je comprends… »
- " Alors, qu’est-ce qu’on vous fait Madame ?
- Une petite coupe.
- Mais comment la coupe ?
- Ben, je ne sais pas trop, pas trop court, jouez sur la longueur, dégradez, désépaississez, déstructurez, avec une frange. Vous voyez ? Me présentant un catalogue, elle me dit :
- Feuilletez un peu, vous désirez un café, un thé ?
- Non, merci. Voilà, c’est à peu près ça que je voudrais, en gardant de la longueur. "
Elle a aussitôt empoigné ses ciseaux et a commencé à couper, couper, couper. J’ai décidé de lui faire confiance, après tout le modèle était resté bien en vue sur la page ouverte du catalogue et je lui avais laissé mes consignes.Pourtant j’ai vu très vite qu’elle employait une sorte de frénésie, une assurance dans ses gestes qui la transformaient quasiment en un robot d’une grande dextérité certes, mais d’une vélocité rare.
Sans avoir même eu le temps de lui demander d'y aller mollo sur ma tignasse, elle m'avait définitivement plumée. Je me suis rendue à l'insoutenable évidence: ma coiffure, mon visage, mes jambes, mes yeux, mes lèvres, mes vêtements, mon allure toute entière ne ressemblaient en rien à ceux de la bombe sexy qui était censée lui servir de modèle sur cet inutile magazine. Dans le reflet du miroir, j’ai vu mes yeux aussi globuleux et rougis qu’il y avait quelques heures à peine dans ma salle de bain, avec mes tifs en moins et la tronche d'un Play mobil névrotique.
- Ça vous plaît ? A-t-elle demandé avec un sourire superbe de fierté.
- Oui, ça va... (tu te fous de ma gueule pouffiasse ??? Non, ça va pas du tout, tu vois pas le massacre, j'ressemble à rien)
J'avais juste envie d'écraser sa jolie frimousse dans le bac à shampoings, de lui faire bouffer mes reliquats capillaires jonchant désormais le sol et lui servant de tapis, de lui arracher ses ciseaux psychopathes des mains et d'arranger sa chevelure à ma façon, de faire des tresses avec ses phalanges qui avaient commis l'irréparable, de l'insulter devant les clientes en bigoudis, d'introduire le catalogue et son modèle dans n'importe quel de ses orifices. Je me suis retenue, bien entendu, gardant un sourire de politesse épuisant et pincé. De toutes façons cette petite garce avait déjà tout coupé, il n’y avait plus rien à réparer. Connasse !
- 50 euros Madame, s’il vous plaît.En rentrant chez moi, je me suis précipitée devant le premier miroir qui se trouvait là, contenant une petite crise de nerfs sous-jacente, j'ai constaté l'ampleur des dégâts.
- Salut m'man, t'es allée chez le coiffeur ? Ouais... c'est joli, mais ça t'allait mieux avant...




















